Les combustibles solides
utilisés dans l'éclairage

Le bois : Utilisé pour l'éclairage, le bois se présente sous 3 formes :
       Les bûches : le feu du foyer éclaire suffisemment. C'est un moyen qui va exister aussi bien à la préhistoire qu'au moyen-âge où tout autre moyen coutera trop cher pour les pauvres et les seigneurs autoriseront souvent les serfs à ramasser le bois mort. Ce n'est pas un moyen d'éclairage très performant.

       Les éclats de bois : Ils étaient placés dans des coupes au sol et l'éclairage aux éclats de bois "gras" (appelés tèdes) -souvent des résineux- était peu intense, même très faible, et n'apportait que des inconvénients : en brûlant le bois pétillait et les projections de résines (parfois enflammées) détérioraient tout lorsqu'on s'approchait pour la lecture ou la couture. La fumée était acre et malodorante. Les bois non fumants ( genévrier) étaient non utilisés car il se consumait beaucoup trop vite sous la forme de bûchettes.
   L'éclairage à la tède a été utilisé longtemps dans certaines régions : Dans la vallée de l'Adour (Pyrennées) pratiquement jusqu'en 1905 et certains sont passés de ce type d'éclairage directement à l'ampoule électrique quand la centrale électrique de Saint Lavy a été mise en service.

Les torches : De tout temps, on utilisait presque exclusivement du genévrier parce que c'est un bois qui brûle avec une lumière vive, brillante et surtout sans fumée.
Par la suite (Antiquité) la torche s'améliore un peu : on associe au bois des bandelettes de tissus (vieux linges) imbibées de graisse animale, de produits résineux ,quand il existait sur place du bitume naturel ou encore du liquide obtenu en mélangeant dans un chaudron du souffre, du salpêtre et des résines. Le tout était d'augmenter le pouvoir éclairant de la torche.

"Ambiance" avec l'éclairage à la torche
Aujourd'hui, la torche existe toujours. Elle est utilisée dans les défilés, les descentes au flambeaux, les spectacles de plein air.
Danse folklorique du Moyen-Age avec ces torches en bois et cire trempée.
On trouve des recharges soildes ( alcool, fuel,...) permettant de 30 minutes à 1h30 d'éclairage.
Le jonc : Il a utilisé pendant des siècles pour faire des chandelles : on le fendait délicatement pour ne pas abimer la "moelle" intérieure. On le trempait ensuite dans de la graisse végétale ou animale que l'on faisait durcir. La lumière obtenue était de très mauvaise qualité. Le jonc était soit posé soit tenu par un système de pince.
Une autre utilisation du jonc consistait à ne garder que la moelle intérieure qui servait de mêche dans les lampes à huile ou à graisse.
Brule-joncà pince associé sur le même socle avec un chandelier

Chandelles et bougies :

Il a été vu par ailleurs la confusion possible entre les chandelles et les bougies. On peut dire de façon générale que la chandelle est faite de graisse animale plus ou moins purifiée (suif) alors que la bougie est faite de cire d'abeille.
Historiquement, la chandelle est largement antérieure à la bougie. On a trouvé dans le tombeau de Toutankhamon (1350AvJC) des chandeliers, ce qui prouve que son usage était connu dans l'Egypte ancienne.
Le nom de "bougie" n'est apparu qu'au XIVeme siècle dans la langue française et vient de la ville de Bougie (Algérie) d'où étaient importés à l'origine ces chandelles (On disait à l'époque une chandelle de Bougie)

C'est au moyen-age que la chandelle rivalise le plus avec la lampe à huile. Cette dernière demande, en effet, beaucoup trop d'attention et de façon constante : remplir la lampe, couper et remonter la mèche qui a tendance à charbonner, nettoyer l'huile qui goutte,...

Reconstitution d'une scène moyen-ageuse : la fabrication d'un vitrail.
                                      Bevagna (Italie) en 2001

Eclairage mural : lampe à huile
Eclairage établi : chandelle

Les chandelles réservées à l'usage quotidien chez les gens du peuple, étaient faites de suif (graisse animale purifiée). La meilleure était celle de mouton puis celle de boeuf. Le porc était quelquefois utilisé mais ne donnait pas satisfaction car il dégageait une fumée noire malodorante.

Elles étaient souvent fabriquées à la campagne par les paysans à la ferme et un boeuf donnait assez dsuif pour satisfaire les besoins en éclairage de la ferme pour 3 ans.

Les moins chères étaient les "chandelles à la plongées" : l'artisan pendait plusieurs mèches sur une tige qu'il plongeait dans un bain de suif fondu. L'opération était recommencée jusqu'à ce que la grosseur convienne

Reconstitution des vieux métiers du Moyen-Age : le fabriquant de chandelles

Il faut pourtant attendre le XVIeme siècle, période qui voit une nette amélioration des conditions de vie des moyens-bourgeois et autres "pourvus" pour que les chandeliers apparaissent de façon régulièredans les inventaires domestiques.

                         Fabrication des chandelles de suif sous l'ancien régime          Gravure extraite de L'Encyclopédie         1763

Les bougies en cire d'abeille apparaissent vers 1400. La qualité de ce produit est bien meilleure que celle de la chandelle : moins de fumée, une flamme plus lumineuse et surtout pas d'odeur désagréable.
La fabrication en était aussi différente : La cire auparavent filtrée et purifiée par une première fonte était à nouveau fondue dans un chaudron et versé sur des mèches suspendues en cercle. Elles étaient ensuite mise en forme à l'aide de rouleaux de bois dur.
         Fabrication des cierges et des bougies de cire au XVIIIème . Gravure de L'Encyclopédie 1762

 Mais la bougie reste un objet réservé aux personnes très fortunées car elles étaient très couteuses ( environ 1 denier pour 2 bougies) sans parler de la taxe à la cire ( taxe au marché) qui pouvait aller de 3 sous jusqu'à 2 deniers la mesure selon les endroits et la pénurie.

Quoi qu'il en soit, bougies et chandelles avaient grandes importance pour les hommes : il suffit de chercher le nombre de proverbes et de maximes qui leurs sont accordés. Pour ne citer que les plus connus :

"Tenir la chandelle"                                              "La chandelle est précieuse, comme le pain et le vin."
" Brûler la chandelle par les deux bouts "              " Economies de bouts de chandelle ",
" le jeu n'en vaut pas la chandelle "                        une " fière chandelle "
Enfin pour finir en lumière : " voir 36 chandelles " :

La révolution chimique !

C'est grâce aux progrès de la science et de la chimie en particulier que l'on va assister à partir de 1815 à une véritable révolution concernant le couple chandelle-bougie.

En 1815 donc, Henri BRACONNOT, pharmacien chimiste français trouve la composition en deux parties du suif : la "partie pleine" (qu'il appelle suif absolu) et un composé huileux ( baptisé huile absolu).
Ces travaux permettent à un autre chimiste français CHEVREUL (1786-1889) de découvrir l'acide gras saturé baptisé acide stéarique qui est l'ingrédient principal dans la fabrication des bougies "modernes" mais aussi du savon, des produits de beauté....

Henri BRACONNOT 1750 - 1855

Dans la bougie stéarique, développée au milieu du XIXème siècle, on sépare chimiquement les deux composants du suif, l'acide stéarique et l'acide oléique. C'est le premier qui est conservé dans les bougies.
Un autre progrès non négligeable : l'utilisation de mèches de coton tressé (importé des amériques), ce qui assure une flamme plus fixe et plus brillante que jamais. Le tressage permet à la mèche de se courber et de se consumer : inutile alors de la moucher !
La misérable chandelle disparaît alors, et la cire perd de son intérêt. La bougie "moderne" telle que nous la connaissons, est née.

Quelques éléments visant à améliorer le rendement de l'éclairage à combustibles solides:
Différents types de chandeliers permettent d'utiliser au mieux ce mode d'éclairage devenu, on l'a vu plus pratique que l'huile.
1    Le bougeoir comporte un plateau que l'on tient par une anse, généralement dans les chambres et pour se déplacer.
ou en métal : ici en étain
En céramique glacée
Il a aussi inspiré de nombreux peintres comme Lubin BAUGIN (1610 - 1663) avec sa nature morte au bougeoir
2 Dans les flambeaux (à une chandelle) et les candélabres (à plusieurs chandelles), on encastre en général la bougie dans un tube profond de quelques centimètres. On peut également la piquer sur une pointe, ou au contraire l'insérer en entier dans un tube (un ressort la pousse alors vers le haut). Certains chandeliers, dits à binet coulissant, permettent de remonter la chandelle au fur et à mesure qu'elle se consume.
Flambeau de jardin XVIIIe
Le pied est en argent
Flambeau d'intérieur bourgeois
           XVIII eme
Deux chandeliers paysans : on voit nettement le binet : système permettant la mise en bonne place de la chandelle qui se consume...
Les chandelles fines qu'ils supportaient s'appelaient "Rat de cave"
3 Les bobèches, espèces de disques posés à la base de la bougie, évitent que le suif ou la cire ne coulent par terre.
Plus récente, en cuivre richement travaillée sur le thème de l'asie ou simplement en verre ...
Chandelier à bobêche du XVeme siècle
4 Les mouchettes sont des espèces de ciseaux qui servent à couper (" moucher ") l'extrémité carbonisée de la mèche des chandelles.

A gauche : mouchette en bronze ciselé du XVIIIeme - musée St Omer

A droite : de la fin du XVIIIe . En argent plaqué sur acier

Le petit réceptacle permet de "récupérer la mèche brulée que l'on coupe.

5 Les lanternes, le plus souvent en cuivre ou en fer, diffusaient la lumière de la bougie à l'extérieur au moyen d'une ouverture pratiquée dans le corps de l'objet. Elle était recouverte d'une mince feuille de corne transparente pour préserver la bougie du vent. Cette corne fut ensuite remplacée par du verre.

Lanterne dite "de veilleur"

Date inconnue

Au premier plan, une mouchette. Autour, de gauche à droite : Chandelier en fer à binet coulissant avec une bobèche - Lanternes pliantes dans lesquelles la bougie est piquée sur une petite pointe - Lanterne de poche, dont le pied contient la bougie - Lanterne à bougeoir amovible pour faciliter le remplacement de la chandelle.